Interview d’Isabelle Falconnier, présidente du Salon du livre de Genève

A l’occasion de la 32ème édition du Salon du livre de Genève, Isabelle Falconnier, sa présidente, répond aux questions de Désir d’écrire :

Pouvez-vous nous présenter votre parcours ?
Je suis une passionnée de l’univers de la lecture qui as eu la chance de faire de sa passion, à divers titres, une activité professionnelle. De formation littéraire, puis journalistique, j’ai rejoint la rédaction du newsmagazine l’Hebdo en 1998 où j’ai été active à divers titres: critique littéraire, chroniqueuse, cheffe des rubriques culture, société, lifestyle puis rédactrice en chef adjointe. En 2011, j’ai repris la présidence du Salon du livre de Genève, qui est une mission à la fois de direction artistique et de contenu culturel, de représentation et de communication. En 2015, la ville de Lausanne m’a confié son nouveau poste de déléguée à la politique du livre, poste qui consiste à la fois à soutenir le tissu littéraire et éditorial de Lausanne et à imaginer des activités de médiation autour du livre, de l’écrit, de la lecture. C’est à ce titre que j’organise le Prix des lecteurs de la Ville de Lausanne qui récompense chaque année un auteur romand par le biais d’un jury populaire de lecteurs aussi passionnés de lecture que moi!

Quels vont être les temps forts et les nouveautés de l’édition 2018 du Salon du livre de Genève ?
2018 est l’année du grand écart entre l’Ici et l’Ailleurs au Salon de Genève! New York, ville monde, inspiratrice de toujours, et le canton du Valais, canton préféré des Suisses, dont la scène culturelle se présente comme résolument contemporaine tout en s’appuyant sur ses traditions, sont les deux axes de programmation majeurs du salon. Nos scènes thématiques consacrées à la BD, à la philo, à la gastronomie, à la jeunesse, au Young Adult, la littérature africaine, accueilleront par ailleurs plusieurs centaines d’auteurs dans les domaines les plus variés, de Frédéric Beigbeder à Douglas Kennedy en passant par Marc Lévy,Peggy Sastre, Sophie Audoin Mamikonian, Alexandre Jardin, Romain Puértolas, Elisabeth Roudinesco, Hélène Bruller, Luc Ferry, Jean-Louis Debré, Pierre Assouline, Ariane Ascaride, Bernard Minier, Asli Erdogan, Aminata Sow Fall, Jean Ziegler ou, évidemment Joël Dicker! La Nocturne du vendredi soir, avec ses concerts et animations diverses sur tous les stands, sera un moment particulièrement convivial!

En quoi le salon a-t-il évolué depuis ces dernières années ? Quelles sont les nouvelles tendances et/ou les nouvelles attentes du public ?
Nous avons à coeur d’offrir aux lecteurs, adultes ou jeunes, un univers total dans lequel, durant quelques heures, ils peuvent vivre et partager leur passion de manière conviviale, intéressante, intelligente, émouvante, divertissante, agréable. Le livre est un monde éminemment vivant qui concerne tout le monde et mène à tout! Cette conviction, nous la déclinons en proposant davantage de rencontres, ateliers, expositions avec leurs visites commentées, librairies avec dédicaces, lectures, spectacles littéraires sur les dizaines de scènes qui accompagnent et valorisent les espaces des exposants éditeurs. Le public aime et recherche les échanges avec les auteurs, les activités interactives autour de l’écriture et de la lecture, que l’on parle psychologie, gastronomie, voyage ou écologie. Le salon s’attache à développer des univers de lectures en phase avec son public: du coup, il propose une programmation propre importante dans les univers du polar, de la littérature voyage, de la BD, de la littérature suisse ou internationale. La francophonie du livre nous tient à coeur, c’est pourquoi des scènes dédiées aux éditeurs et auteurs arabes, et africains ont été créées il y a déjà plusieurs années. Nous nous rapprochons également de notre public via les réseaux sociaux, et avons lancé avec succès un Prix du Public du salon du livre de Genève. Il a rejoint le Prix Kourouma en tant que prix littéraire porté par le salon, et permet depuis deux ans à un jury de lecteurs passionnés de récompenser l’auteur d’un roman écrit en français paru dans l’année. L’an dernier, Tangy Viel avait emballé ce jury. Cette année, suspense jusqu’au 25 avril!

Quelle place occupe l’écriture dans votre quotidien ?
L’écriture a toujours occupé une grande place dans ma vie. Mon métier de base est le journalisme écrit: l’écriture est ainsi mon outil de travail premier. Il y a différent type d’écritures journalistiques: j’aime autant pratiquer le reportage, qui doit permettre au lecteur de se plonger de manière brute, rapide, immédiate, sensuelle, visuelle, dans un univers, un Ailleurs, que la chronique sociétale, qui permet une écriture des plus personnelles, et donc une interpellation très directe du lecteur, qui ne se prive souvent pas, heureusement, de réagir. J’aime aussi infiniment l’art du portrait écrit, qui permet de faire exister une personnalité que l’on souhaite faire connaitre des lecteurs autant que le regard que le journaliste porte personnellement sur elle. Tout grand lecteur a un rapport intime immédiat et naturel à l’écriture: c’est mon cas.

Désir d’écrire est une école d’écriture à distance. Que pensez-vous du fait « d’apprendre à écrire » ? Comment progressez-vous dans votre écriture ?
Les techniques d’écriture s’apprennent et se transmettent, effectivement, et Désir d’Ecrire est une très bonne initiative. Maîtriser l’écrit, ses divers registres, est essentiel de nos jours. Ensuite, tout dépend les objectifs d’écriture que l’étudiant s’est donné. Tout ce qu’on écrit n’est pas littérature. Mais l’intuition et l’inspiration seule n’ont jamais suffit à écrire un bon roman: l’intrigue, les personnages, les dialogues, le rythme se travaillent et un accompagnement professionnel en la matière peut être déterminant. Ensuite, c’est en forgeant que l’on devient forgeron et en écrivant que l’on finit par écrire avec plus de facilité, de rapidité, de fluidité.

A nos étudiants qui se lancent dans l’écriture, quels conseils leur donneriez-vous ? Des choses à faire ou à ne pas faire ?
Rien de plus difficile que de donner des conseils dans un domaine aussi personnel et intime que l’écriture littéraire! L’essentiel me semble d’avoir une idée, un fil rouge, une intuition de base, et la suivre jusqu’à ce qu’on ait l’impression de s’en être vêtu comme d’une seconde peau, de l’avoir intégrée au point d’en avoir fait une raison de respirer durant le temps de l’écriture. Et toujours, simplifier, élaguer, aller à l’essentiel.

Un grand merci à Isabelle Falconnier pour cette interview !